Partager l'article ! 2012 02 05, Les femmes, encore elles, toujours elles...: 2012 02 05, LES FEMMES, ENCORE LES FEMMES, TOUJOURS LES FEMMES!!! ...
2012 02 05, LES FEMMES, ENCORE LES FEMMES, TOUJOURS LES FEMMES!!!
Quand la "révolution de Jasmin" a comencé en Tunisie, que Ben Ali est parti, je me suis demandé où cela ménerait ce pays, par quoi remplacerait-on la dictature. Et que diviendraient les femmes de ce pays. C'est en Tunisie qu'on voyait le plus de femmes habillées à l'européenne, de jeunes filles en jeans, cheveux au vent, garçons et filles dans les rues de Tunis. Il y régnait un air de liberté en ce qui concernait les femmes. Bien sûr la dictature était là, mais les femmes étaient avocates, directrices d'écoles, médecins, avaient des fonctions équivalentes aux hommes. Ce qu'on ne voyait pas toujours dans les autres pays du Maghreb.
Je vais vous conter une petite anecdote qui m'est arrivée au Maroc, dans les années 85-90.
J'étais à cette époque hôtesse de tourisme et j'accompagnais des groupes dans tous les pays où on me le demandait. J'allais au Maroc plusieurs fois par an.
J'étais cette fois là avec le patron de l'agence de voyage, appelons le Jacques, et nous avions rendez-vous avec la directrice de l'agence correspondante à Marrakech. Notre guide local, appelons le Yacine, nous accompagnait. La directrice, une jeune femme, appelons là Yasmina, très belle, grande, habillée à l'européenne nous reçut dans l'agence avec une gentillesse et une courtoisie très classe. Elle nous fit passer dans son bureau une fois l'agence fermée.
Yacine entra d'autorité le premier dans le bureau, Jacques fit passer la jeune femme devant lui, je pénétrai après elle, lui même fermant la marche. Il y avait le fauteuil de Yasmina derrière le bureau, puis deux chaises en cuir devant le bureau. Donc 3 sièges pour 4. Yacine n'hésita pas une seconde, il prit le fauteuil de Yasmina derrière le bureau! Comme ça, comme s'il était chez lui. Jacques et moi étions bien embarrassés, nous ne savions pas vraiment quoi faire. Nous asseoir tous les deux et la laisser debout? Ce n'était pas très courtois. Me faire asseoir, Jacques restant debout? On resta debout un petit moment laissant les chaises libres. Yacine, le seul assis, faisait pivoter le fauteuil, alluma une cigarette. Yasmina, debout, nous demandait si nous étions satisfaits de notre séjour, si tout allait bien.... Elle tenait à la perfection son rôle de directrice d'agence de voyage. Et nous étions toujours debout, sans oser nous asseoir. Finalement, sans rien nous dire, nous avons trouvé un juste milieu: l'un de nous restait debout pendant que l'autre s'asseyait. Je commençai pendant un moment, puis me levai pour laisser la place à Jacques. Je jetai un coup d'oeil sur les magnifiques photos de paysage accrochées au mur, prétexte qui m'avait fait me lever, pendant que Jacques prenait son rôle de directeur de l'agence française en s'asseyant. Ainsi à tour de rôle, nous avons tenu compagnie à Yasmina afin qu'elle ne soit pas seule debout dans son propre bureau! Yacine n'était qu'un guide touristique, subordonné à Yasmina. Mais pendant tout notre conversation, il se conduisit comme le supérieur hirérarchique de sa propre directrice. Nous étions très surpris. Nous le connaissions très bien, nous avions déjeuné avec son épouse, nous pensions qu'il vivait sur un pied d'égalité avec les femmes de son pays. Et bien, nous nous mettions le doigt dans l'oeil! Ce comportement lui était naturel et si nous lui en avions parlé il n'aurait pas vu où était le problème!.
C'est pourquoi j'ai été contente que le président Ben Ali s'en aille, mais j'ai toujours été méfiante vis à vis du changement qui s'annonçait. Il semblerait que mes craintes aient été un peu justifiées.
Dans le "Nouvel Observateur" de cette semaine, n°2465, la page de couverture titre: "Tunisie, les droits des femmes en danger". En page 14, un article d'Agathe Logeart que j'ai lu avec attention, parce que je me sens concernée, par solidarité féminine. Je vous en note les principaux passages. Je ne ferai pas le verbatim de cet article, je veux seulement vous donner une idée de son contenu. Certaines phrases sont prises directement dans le texte d'Agathe Logeart, d'autres sont résumées. Pour ceux qui en veulent l'intégralité, reportez vous à l'article du journal cité plus haut.
Agathe Logeart est allée à l'université de la Manouba pour rencontrer les jeunes filles qui viennent voilées suivre leurs cours. Elle y rencontre Imen Bleue et Imen Marron. Ces jeunes filles ont accepté de parler à la journaliste, "sous le regard et avec l'autorisation des garçons".
(Rien que cette phrase me fait rire. Jaune c'est vrai, mais quand même! Je m'imagine, mes amies et moi, toutes dames de 50 à 60 ans, pour la plupart déjà grands-mères, de la génération 68, celle qu'on veut démolir, demander à leurs copains de l'université si elles peuvent répondre à une journaliste! Rien que ça, c'est pour nous incroyable).
Elles portent la burqa et ressemblent à Belphégor. On ne voit rien de leur visage, ni de leurs mains. Par coquetterie, les sacs et les gants sont assortis à leurs burqas. Elles consentent quand même à soulever le dernier voile afin que l'on puisse apercevoir leurs yeux par une fente! L'une voudrait être avocate ou juge, et l'autre professeur d'arabe. Tout le monde les regarde, elles en ont bien conscience et savourent le moment avec délice: "Je me sens précieuse et fière" dit l'une. L'autre renchérit: "Le niqab (interdit sous Ben Ali), est l'emblême de notre liberté conquise grâce à la révolution".
( Je me demande comment elles pourront être avocate ou professeur atiffées de cette façon! Défendre un prévenu sans qu'on puisse voir le visage de l'avocat, cela paraît surréaliste! Quant à être professeur, suivre le cours d'un fantôme noir dont on ne distingue rien, cela doit être éprouvant)
Un an après la "révolution de jasmin", trois mois après la vistoire des "islamistes modérés", la faculté des lettres et des arts de la Manouba, 8000 étudiants, environ 20 filles en niqab et 50 barbus en tenue afghane sont devenus le symbole de l'offensive que mènent les islamistes les plus radicaux à travers le pays. Le pouvoir est-il dépassé ou complice? En tout cas, il laisse faire.
Faouzia Charfi raconte: "Juste après le 14 Janvier 2011 et la fuite de Ben Ali, la question de la mixité dans les espaces universitaires a commencé à être posée. Les demandes provenaient de "groupes" officiellement sans étiquette, qui réclamaient la séparation des garçons et des filles dans les résidences et les foyers étudiants. Les premiers niqabs sont apparus au printemps. Puis en septembre à la faculté des lettres de Sousse, une étudiante en niqab, accompagnée de barbus, a tenté en vain de s'inscrire. Le doyen, spécialiste de la religion musulmane et qui n'est pas un laïc fanatique a refusé. Dans les mosquées des menaces de mort, des fatwas ont aussitôt été lancées contre lui et son secrétaire général".
Pour des raisons pédagogiques, comment faire un cours à quelqu'un dont on ne peut capter le regard?, pour des raisons de sécurité, comment contrôler l'identité des étudiants sans voir leur visage?, les conseils de la faculté, dont celui le la Manouba le 2 Novembre, se sont clairement prononcés contre la présence en cours d'étudiantes entièrement voilées. Depuis le harcèlement n'a pas cessé. Le 24 Janvier, les examens ont pu se dérouler malgré des incidents très violents. Les copies de celles qui ont refusé de quitter leur niqab ne seront pas corrigées.
Habib Kazdaghli, le doyen est un homme tenace. Son université a été occupées pendant des jours et des nuits. Les pelouses ont été transformées en lieu de prières, avec haut-parleurs tonitruants. Des professeurs ont été agressés, des enseignantes menacées de viol.
Dans la classe de la directrice du département d'anglais, Amel Jaïdi, le 9 Janvier à 9h30: "Une jeune femme toute voilée de noir s'est assise dans la salle 323 et a voulu assister, "comme si de rien n'était", à son cours. Elle a refusé de se dévoiler. Elle s'est mise à hurler:" Vous allez voir ce que je vais vous faire!". Quelques minutes plus tard, elle est revenue avec une vingtaine de personnes, garçons et filles, pour la plupart étrangers à la faculté. Ils m'ont traité de prostituée, ils ont cassé la porte". Il se passait à peu près la même chose dans la classe voisine.
Déclaration du ministre de l'enseignement supérieur: " Je trouve qu'ils se comportent de manière civilisationnelle (sic). Il ne faut pas être durs avec eux. C'est dommage que certaines filles soient empêchées de passer leurs examens parce qu'elles portent le niqab. Je m'étonne que des gens qui font partie de l'élite de la Tunisie soient incapables de gérer une si petite affaire. D'autant que leur refus d'accepter des étudiantes voilées se trouvera peut-être un jour contraire à des lois futures (Retenez bien cette phrase, elle est lourde de menaces!) Pour le moment, il suffirait qu'elles suivent les cours dévoilées, en se tournant vers un mur, et qu'elles ne regardent pas le professeur. (C'est ça qui doit être intéressant, faire un cours face à une assemblée de chiffons noirs!) Et pour les examens que des femmes contrôlent leur identité".
(Cette déclaration est remarquable, car on voit très bien ce qui se pointe à l'horizon pour les droits fondamentaux des femmes).
Ahlen Belhajh, pédopsychiatre et enseignante à la faculté de médecine de Tunis et présidente de l'Association Tunisienne des Femmes Démocrates, est convaincue que "le corps des femmes est aujourd'hui en Tunisie, au centre des enjeux politiques". "On est aujourd'hui sur la défensive. Mais on va se battre. Car rien n'est perdu". Je lui souhaite énormément de courage pour cette future bataille.
Pour la première fois de sa carrière, le docteur Belhalj a été confrontée à des patientes portant le niqab, inquiètes pour leur nourrisson: troubles du sommeil, de l'alimentation, agitation ou prostration. Le seul fait de ne pouvoir voir leur mère bloque le rapport mère-enfant. Car même à la maison, ces mères, ces mères lorsqu'elles sont en présence d'autres hommes que leur mari, restent entièrement voilées.
Endocrinologue, Selma Ajri fait partie du planning familial. "Depuis 10 ans, j'ai senti peu à peu des réticences de la part des personnels soignants. Depuis la révolution, le changement est manifeste. On stigmatise les femmes qui veulent avorter. On leur dit que c'est "haram", interdit par la religon. On les décourage. Une femme qui voulait se faire poser un stérilet en a été dissuadée, on a prétendu que la veille une femme en était morte, ce qui était faux".
"Une femme s'est présentée chez le médecin, le cuir chevelu recouvert de plaques. Je lui ai dit que c'était à cause du torchon qu'elle portait sur la tête. Je lui ai conseillé de se découvrir de temps en temps, et de proter du coton, plutôt que du tissu synthétique. Que dire d'autre?".
Nabila Kaddour Naili est médecin du dispensaire dans un quartier populaire. Ce qu'elle découvre l'horrifie: "Juste après le 14 Janvier, le comportement des femmes a changé. Une femme qui m'amenait son bébé pour le vaccin, a refusé de relever son voile pour me parler. Je lui ai tourné le dos, et j'ai continué de lui parler. Elle n'a pas supporté. Un autre jour, une jeune femme couverte de la tête aux pieds est venue me voir parce qu'elle se pensait enceinte. Elle n'était pas mariée. "Mon frère musulman a eu envie de moi", m'a-t-elle dit. Il s'est servi, elle a obéi. Je pense qu'elle abandonnera l'enfant. Je vois là, moi qui suis pourtant pratiquante, les prémices d'une dictature religieuse".
Dans certains jardins d'enfants, filles et garçons jouent séparément à des jeux différents, les petites filles portant le voile dès 4 ou 5 ans. Les mariages coutumiers se multiplient, ils permettent aux hommes d'y mettre fin quand ils veulent sans passer par l'état civil.
Et ce n'est pas tout, les exemples abondent dans cet article.
En guise de conclusion. Près de 2000 islamistes intégristes ont été libérés grâce à l'amnistie qui a suivi la révolution. D'autres exilés sont revenus à Tunis Jusqu'où iront-ils, si les islamistes dit "modérés" laissent faire avec une étrange bienveillance. Les laïcs, les démocrates qui ont manifesté massivement le 28 Janvier à Tunis, paraissent avoir gagné une manche. La bataille contre l'intégrisme radical ne fait que commencer.
Je pense qu'il n'y a rien à ajouter. J'espère pour ces femmes tunisiennes qu'elles ne seront pas écrasées, laminées et que la Tunisie ne tombera pas dans un intégrisme radical qui les réduirait en esclavage.
Chères amies, que votre Dieu vous garde. Et Vous, ne privez pas l"humanité du sourire des femmes!!! Ce serait vouer ce monde à la tristesse.....
Je voudrais dire à tous ces messieurs qui ont tellement peur des femmes, qu'ils ne peuvent même pas les regarder en face, les superbes verres de Molière dans "Tartuffe".
Ce faux cul de Tartuffe dit à la femme qu'il convoite:
"Cachez ce sein que je ne saurais voir!".
A quoi elle répond d'une phrase que toute femme peut s'approprier:
"Et je vous verrais nu du haut jusques en bas,
Que toute votre peau ne me tenterait pas!!!".
A bon entendeur!!!!